Aave perd son gestionnaire de risques après 3 ans de bons et loyaux services
Chaos Labs a claqué la porte d'Aave. Le principal fournisseur de gestion des risques du protocole de prêt DeFi tire sa révérence après trois ans de collaboration, et ce malgré une offre de 5 millions de dollars pour le retenir.
Le fondateur de Chaos Labs, Omer Goldberg, a annoncé la nouvelle lundi sur X sans détour : "Nous partons parce que la relation ne reflète plus notre vision de la gestion des risques." Pendant son mandat, Chaos supervisait la tarification des prêts et la gestion des risques sur les marchés Aave V2 et V3. Une période durant laquelle la TVL d'Aave a été multipliée par 5, atteignant 26 milliards de dollars.
Mais la version de Kulechov, CEO d'Aave Labs, est sensiblement différente. Selon lui, Chaos aurait exigé de devenir le seul gestionnaire de risques du protocole, en remplaçant notamment les oracles de prix de Chainlink par les siens, et en forçant l'éviction de l'autre partenaire risque, LlamaRisk. Aave a refusé catégoriquement, jugeant que ses utilisateurs font confiance à Chainlink "à grande échelle" et que son modèle de risque à deux couches n'est pas négociable.
Goldberg, lui, pointe une accumulation de problèmes concrets. Des contributeurs clés d'Aave sont partis, alourdissant la charge de travail de Chaos. L'arrivée d'Aave V4, avec ses nouvelles fonctionnalités, introduit selon lui des risques opérationnels et juridiques supplémentaires qui tombent entièrement dans l'escarcelle de Chaos. Et la cohabitation forcée entre V3 et V4 pendant la transition ne divise pas le travail par deux — elle le double.
Il soulève également un point qui devrait faire réfléchir tout le secteur : la responsabilité légale d'un gestionnaire de risques dans un protocole DeFi. "Il n'existe pas de cadre réglementaire, pas de safe harbor, pas de jurisprudence claire sur ce qu'un gestionnaire de risques doit assumer en cas de défaillance du protocole. Quand ça marche, le travail est invisible. Quand ça casse, les responsables ne le sont plus."
Ce départ intervient dans un contexte déjà tendu. Le 12 mars, un utilisateur a perdu 50 millions de dollars en interagissant avec l'interface d'Aave, forçant le protocole à annoncer une fonctionnalité "Aave Shield" pour protéger les utilisateurs des trades à haut risque. Par ailleurs, une guerre interne fait rage sur la répartition du financement et des revenus entre Aave Labs et la DAO.
Malgré le feuilleton, Kulechov assure que le départ de Chaos n'a en rien perturbé le protocole, ses smart contracts ou ses intégrations réseau. Aave dit travailler désormais étroitement avec LlamaRisk pour assurer la transition.
Rappelons qu'Aave a franchi le cap du 1 000 milliards de dollars de volume de prêts cumulés fin février, une première dans l'histoire de la DeFi.
Ce que ça change : Quand le principal gardien des risques d'un protocole à 26 milliards de TVL part en invoquant un vide juridique total sur sa responsabilité, ce n'est pas un simple désaccord budgétaire — c'est un signal d'alarme sur la maturité réelle de la DeFi face aux enjeux de gouvernance et de responsabilité.