BitMEX, grâce de Trump, Farage : le cofondateur qui joue sur tous les tableaux
Ben Delo ne fait pas les choses à moitié. Le cofondateur de BitMEX, gracié par Donald Trump début 2025, vient de verser 4 millions de livres sterling — soit environ 5,3 millions de dollars — au parti Reform UK de Nigel Farage. Un chèque massif qui fait du bruit des deux côtés de la Manche.
Delo n'est pas un inconnu dans le monde crypto. Il a cofondé BitMEX, la plateforme de trading de dérivés qui a longtemps dominé le secteur avant de se retrouver dans le viseur des autorités américaines. Lui-même avait plaidé coupable pour violation des lois anti-blanchiment. Avant d'être gracié par Trump, donc.
Le timing de ce don est loin d'être anodin. Le Royaume-Uni vient de durcir ses règles sur les donations politiques étrangères. Résultat : les non-résidents ne peuvent plus arroser librement les partis britanniques. Delo, qui réside à l'étranger, contourne le problème avec une élégance toute britannique : il prévoit simplement de rentrer vivre en Grande-Bretagne pour retrouver son statut de donateur autorisé.
La manœuvre est légale. Elle est aussi parfaitement révélatrice d'une tendance lourde : les grandes fortunes issues de la crypto s'invitent de plus en plus dans le jeu politique traditionnel. Aux États-Unis, la crypto a pesé lourd dans les élections de 2024, avec des dizaines de millions de dollars déversés dans des campagnes pro-Bitcoin ou favorables à la déréglementation du secteur. L'Europe suit le mouvement.
Reform UK, le parti de Farage, a le vent en poupe dans les sondages britanniques. Eurosceptique, anti-establishment, le parti attire des financeurs qui misent sur une recomposition du paysage politique au Royaume-Uni. Delo rejoint ainsi une liste de donateurs fortunés qui voient dans Reform UK un levier d'influence à moindre coût comparé aux partis traditionnels.
Côté marchés, l'affaire ne déplace pas les prix. Mais elle illustre quelque chose d'important : la crypto ne se contente plus de disruper la finance. Elle disrupe aussi la politique. Les profils comme Delo — enrichis grâce aux cryptomonnaies, blanchis juridiquement par des grâces présidentielles, et désormais actifs dans le financement partisan — vont devenir de plus en plus courants.
Les régulateurs européens feraient bien de prendre note. La question n'est plus de savoir si les crypto-milliardaires vont peser sur la politique. C'est déjà en train de se passer.
Ce que ça change : L'argent de la crypto entre dans les partis politiques européens. Quand les législateurs débattront de la prochaine réglementation crypto, certains d'entre eux auront peut-être été financés par ceux qu'ils sont censés réguler.