Le Japon mise 6,7 milliards $ sur l'IA physique pour concurrencer la Silicon Valley
Le Japon ne veut pas construire un ChatGPT. Il veut construire le cerveau des robots, des voitures autonomes et des usines de demain.
Dimanche, SoftBank, NEC, Honda et Sony ont officialisé la création d'une nouvelle entité commune, traduite approximativement par « Japan AI Foundation Model Development ». Objectif affiché : développer un modèle d'IA à 1 000 milliards de paramètres, entièrement dédié à ce que l'industrie appelle la « Physical AI » — des systèmes capables de piloter une machine, pas de rédiger un email.
Ce n'est pas un projet de startup. Nippon Steel, Kobe Steel, et les trois mastodontes bancaires japonais — MUFG, Sumitomo Mitsui et Mizuho — figurent parmi les investisseurs. Chaque fondateur principal détient plus de 10 % du capital. Un dirigeant de SoftBank prend la présidence. La société prévoit d'embaucher environ 100 ingénieurs en IA.
Derrière la technologie, il y a une logique souveraine très claire. Le Japon envoie ses données sur des infrastructures cloud américaines depuis des années, ce qu'on appelle là-bas le « déficit numérique » — une dépendance coûteuse aux écosystèmes étrangers. Ici, les données japonaises restent au Japon, entraînent des modèles japonais, et n'alimentent ni OpenAI ni Google.
L'État suit le mouvement. L'agence nationale de R&D NEDO a fléché environ ¥1 000 milliards — soit près de 6,7 milliards de dollars — sur cinq ans à partir de l'exercice 2026 pour soutenir l'IA. La nouvelle entité est considérée comme le candidat quasi-certain pour en bénéficier. Les dossiers de candidature sont déjà ouverts depuis fin mars.
L'ironie est difficile à ignorer. SoftBank a co-dirigé la levée de fonds de 40 milliards de dollars d'OpenAI en 2025. Le même SoftBank ancre aujourd'hui une initiative nationale destinée à s'affranchir précisément de l'écosystème américain qu'il finance par ailleurs. Masayoshi Son joue sur les deux tableaux, et il assume.
La Physical AI n'est pas une lubie japonaise. Tesla construit ses propres robots humanoïdes. OpenAI soutient des startups robotique. La Chine y consacre des milliards dans le cadre de sa stratégie industrielle. Plus récemment, Tether — l'émetteur du stablecoin USDT — a investi dans Generative Bionics, une startup de robotique humanoïde qui se présente explicitement comme une entreprise de Physical AI.
La date butoir pour des applications concrètes : 2030. Le compte à rebours est lancé.
Ce que ça change : le Japon vient de poser les fondations d'un bloc technologique souverain centré sur la robotique et l'industrie lourde. Si ce modèle tient ses promesses, il ne s'agit plus d'un retard à combler face à la Silicon Valley, mais d'un avantage compétitif structurel que ni les Américains ni les Chinois ne peuvent copier facilement.