Libra : Milei rattrapé par les preuves, le rug pull devient affaire d'État
L'affaire Libra ne va pas mourir dans l'oubli. La justice argentine serre la vis sur Javier Milei, et les preuves qui émergent contredisent frontalement la version officielle du président.
Rappel des faits : en février 2025, Milei promeut sur X le token $Libra. La valeur s'envole, puis s'effondre en quelques heures. Un rug pull classique, sauf que cette fois c'est un chef d'État qui a appuyé sur la gâchette. Les investisseurs ont perdu 250 millions de dollars.
Milei jurait n'avoir aucun lien avec le projet. C'était faux.
Les procureurs fédéraux ont mis la main sur les journaux d'appels. Résultat : 7 communications entre Milei et Mauricio Novelli, l'entrepreneur derrière $Libra, dans la seule nuit du lancement. Ces échanges ont eu lieu avant et après le post présidentiel — un post qui contenait le contrat d'achat du token, une information non publique à ce moment précis. Ce n'est pas une coïncidence, c'est une coordination.
L'analyse du téléphone de Novelli a ajouté une couche. Des messages audio datant de 2023 évoquent des versements mensuels réguliers en faveur de Milei, alors simple député. Des "salaires", selon les termes employés dans les enregistrements.
Ce n'est pas tout. Les enquêteurs ont découvert sur les appareils de Novelli des brouillons de documents mentionnant des "accords financiers avec des consultants proches du pouvoir". L'un d'eux détaille un accord potentiel de 1,5 million de dollars, conditionné à la nomination publique d'un consultant américain, Hayden Davis, comme conseiller présidentiel sur la blockchain.
Aucun virement n'a été formellement prouvé à ce stade. Mais la chronologie entre ces brouillons et la promotion active du token par la présidence est accablante.
Le scandale dépasse désormais le seul Milei. Sa sœur Karina Milei, conseillère principale, et le chef de cabinet Manuel Adorni apparaissent dans les documents comme personnes d'intérêt. Des enregistrements suggèrent que des membres de l'entourage présidentiel auraient touché des commissions occultes liées à l'opération.
L'opposition exige des auditions au Congrès. Le bureau anticorruption, qui avait initialement classé l'affaire comme une initiative personnelle de Milei, devra revoir sa copie à la lumière de ces nouvelles preuves.
Du côté de la défense, Novelli joue la montre : ses avocats tentent de faire annuler l'analyse des données mobiles en arguant d'une possible manipulation des preuves sous scellés. Le procureur en charge du dossier, lui, subit des pressions dont la nature n'est pas encore précisée publiquement.
Ce que ça change : Milei s'était vendu comme le pourfendeur de la corruption des élites argentines. Si la justice confirme qu'il a utilisé sa fonction pour orchestrer ou faciliter un rug pull à 250 millions de dollars, c'est toute la rhétorique libertarienne qui s'effondre avec le token. Un président qui pump-and-dump son propre peuple, c'est le scandale crypto le plus politique de l'histoire.