Stablecoins euro : la France se réveille, mais c'est presque trop tard
Roland Lescure, ministre des Finances, a mis les pieds dans le plat ce 17 avril 2026. Devant les acteurs financiers, il a qualifié de « insatisfaisant » le faible volume de stablecoins adossés à l'euro. Le constat est brutal, les chiffres le confirment.
Selon CoinGecko, les stablecoins dollar représentent environ 310 milliards de dollars de capitalisation totale. Ceux adossés à l'euro ? Même pas 1 milliard. L'euro est certes la 2ème monnaie fiduciaire en termes de stablecoins, loin devant la livre sterling, mais face au dollar, c'est un gouffre.
Lescure a explicitement appelé les banques à développer des dépôts tokenisés, ces versions numériques de monnaie commerciale qui tournent sur blockchain. Il a cité l'initiative Qivalis, un consortium de 12 grandes banques européennes — BBVA, ING, UniCredit, BNP Paribas en tête — comme piste concrète. « C'est ce dont nous avons besoin et c'est ce que nous voulons », a-t-il déclaré sans ambiguïté.
L'enjeu dépasse largement la finance. Dépendre quasi exclusivement de l'USDT de Tether ou de l'USDC de Circle, c'est dépendre d'infrastructures américaines, de régulateurs américains, d'entreprises soumises au droit américain. Pour la souveraineté monétaire européenne, c'est une bombe à retardement que tout le monde a préféré ignorer pendant des années.
Cette sortie de Lescure intervient un jour après celle de Jean-Didier Berger sur les agressions liées aux cryptos en France. La politique française semble enfin traiter le sujet crypto avec un minimum de sérieux. C'est nouveau. C'est tardif, mais c'est réel.
Le bémol de taille : pendant que Lescure pousse les banques vers les stablecoins, la Banque centrale européenne continue de s'accrocher à son projet d'euro numérique, une MNBC centralisée que les États-Unis ont officiellement enterrée face au succès des stablecoins privés. Deux visions qui coexistent, parfois en contradiction directe, au sein même des institutions européennes. Ce manque de cohérence est précisément ce qui a permis au dollar de prendre une avance aussi écrasante sur les marchés crypto mondiaux.
Les banques européennes ont les outils, elles ont désormais un signal politique clair. La question n'est plus de savoir si l'Europe doit réagir, mais si elle est encore capable de le faire assez vite pour que ça compte.
Ce que ça change : un ministre des Finances qui nomme le problème publiquement, c'est un premier pas. Mais sans arbitrage clair entre stablecoins privés et euro numérique de la BCE, l'Europe risque de perdre du temps sur les deux tableaux à la fois — et de continuer à regarder le dollar régner sans partage.