Trump, scams et crypto : World Liberty Financial dans la tourmente
Une enquête publiée ce lundi par l'OCCRP et Guardian Australia met sérieusement en cause un partenaire de World Liberty Financial, le projet crypto soutenu par Donald Trump. En cause : AB Network, une société qui a noué un partenariat officiel avec la structure des Trump en novembre dernier, autorisant l'usage de leur stablecoin USD1 sur sa blockchain.
Selon les journalistes, trois individus impliqués dans un projet d'AB Network au Timor-Leste — un resort blockchain de luxe — ont été sanctionnés par le Trésor américain. Leur point commun : des liens présumés avec le Prince Group, un conglomérat cambodgien accusé de gérer l'un des plus grands réseaux d'escroqueries en ligne au monde.
Le principal actionnaire de la société de développement locale était Yang Jian, un homme d'affaires basé à Chypre, sanctionné en octobre pour avoir collaboré avec Chen Zhi, le PDG du Prince Group, sur un autre projet immobilier qualifié d'"investissement prédateur" par les autorités américaines. Les trois individus ont été retirés du projet peu après l'annonce des sanctions.
World Liberty Financial affirme avoir réalisé une due diligence sur AB Network et nie toute connaissance du resort ou des personnes impliquées. Ses avocats qualifient les accusations de "sans fondement et fausses".
Le contexte est pourtant accablant. Le gouvernement américain a saisi l'an dernier 15 milliards de dollars en Bitcoin appartenant à Chen Zhi, dans ce qui est décrit comme la plus grande action de confiscation jamais menée contre des escrocs en ligne. Chen a depuis été arrêté et extradé vers la Chine.
Les chiffres donnent le vertige. Selon le rapport 2025 du FBI sur la cybercriminalité, les Américains ont perdu près de 21 milliards de dollars en arnaques en ligne l'an passé. La fraude crypto représente la part la plus lourde : plus de 11 milliards de dollars perdus sur 181 565 plaintes recensées. Le secteur DeFi et les projets blockchain de façade restent les vecteurs favoris des escrocs.
La structure d'AB Network reste volontairement opaque : une organisation à but non lucratif enregistrée en Irlande, une fondation aux Caïmans, et des entités blockchain gouvernées par des détenteurs de tokens. L'enquête a mis au jour deux figures clés jusqu'ici inconnues du public : Sui Chenggang, développeur logiciel, et Lin Xiaofan, entrepreneur. Ce dernier affirme avoir joué un rôle central dans le projet au Timor-Leste et avoir lui-même présenté Sui aux dirigeants de World Liberty Financial. Il nie tout lien avec le Prince Group.
Aucune preuve de flux financiers illicites dans le projet n'a été établie à ce stade, et rien ne relie directement AB Network au Prince Group. Mais les connexions entre les personnes impliquées sont suffisamment troublantes pour poser de vraies questions sur la rigueur — ou l'envie — de World Liberty Financial de vérifier avec qui elle s'associe.
Ce que ça change : quand un projet adossé à la famille Trump sert de caution à des réseaux potentiellement liés aux plus grandes arnaques crypto mondiales, le "on ne savait pas" ne suffit plus. La due diligence, ce n'est pas optionnel.