Aave : des taux à 50% pour forcer les remboursements USDC ?
Le hack de Kelp continue de faire des dégâts. Cette fois, c'est le marché USDC sur Aave qui est dans le viseur, avec un taux d'utilisation frôlant les 96,89 %. Conséquence directe : les fournisseurs de liquidités ne peuvent plus retirer leurs fonds. Le marché USDT, lui, est utilisé à 100 %.
Pourquoi en est-on là ? Après le hack de Kelp, le marché du rsETH a été retiré et celui du wETH partiellement bloqué. Les utilisateurs se sont alors rabattus sur les stablecoins pour continuer à construire des boucles de rendement, en swapant ensuite ces stablecoins en wETH. Résultat : une pression énorme sur les marchés USDC et USDT d'Aave.
Face à cette situation, Gordon Liao, responsable économique et directeur de la recherche chez Circle, a posté une proposition sur le forum de gouvernance d'Aave. Son idée : monter artificiellement les taux d'emprunt de l'USDC à 50 % pour forcer la main des emprunteurs et attirer de nouveaux fournisseurs de liquidités en quête d'arbitrage.
La logique tient sur le papier. Des taux à 40-50 % rendraient les positions en boucle non rentables, poussant les emprunteurs à rembourser. Simultanément, des prêteurs opportunistes seraient attirés par ces rendements exceptionnels, réinjectant des liquidités dans le protocole. Liao estime que la rotation prendrait quelques heures, pas des jours.
Si Liao précise que cette proposition est personnelle et ne reflète pas la position officielle de Circle, le PDG Jeremy Allaire a tout de même retweeté le message. Difficile de faire plus ambigu.
La communauté Aave n'a pas tardé à réagir, et pas positivement. Les craintes sont multiples : une rupture de confiance entre Aave et Circle, une fuite accélérée des capitaux hors du protocole, et surtout le risque de liquidations en cascade. Ces liquidations ne pourraient pas être absorbées correctement dans un marché déjà illiquide, aggravant encore la situation au lieu de la résoudre.
Les taux d'emprunt actuels sont déjà de 14,99 % sur l'USDT et 10,6 % sur l'USDC, des niveaux déjà douloureux pour les emprunteurs. Passer à 50 % serait une thérapie de choc.
Ce que ça change : Manipuler les taux d'intérêt pour gérer une crise de liquidité, c'est jouer avec le feu. Si la mécanique semble logique en théorie, le risque de provoquer des liquidations non absorbables est bien réel. Aave ne peut pas se permettre une nouvelle onde de choc — et Circle non plus.