Anthropic crée son PAC politique : l'IA débarque dans les élections US
Anthropic franchit une nouvelle ligne. La société créatrice de Claude a déposé vendredi une déclaration d'organisation auprès de la Federal Election Commission pour lancer "AnthroPAC", son comité d'action politique officiel. Le PAC sera alimenté par les contributions volontaires des employés, plafonnées à 5 000 dollars par cycle électoral et par candidat, comme l'exige la loi américaine.
La structure est classique : un fonds séparé rattaché à Anthropic comme organisation connectée, enregistré comme PAC affilié à un lobbyiste. Anthropic affirme vouloir soutenir des candidats des deux grands partis. Certains observateurs restent sceptiques sur cette prétendue neutralité politique.
Ce mouvement intervient dans un contexte particulièrement tendu pour la boîte de Dario Amodei. Le Pentagone a classifié Anthropic comme risque pour la chaîne d'approvisionnement en février dernier, après qu'Anthropic s'est opposé à l'utilisation de ses technologies dans des armes autonomes et des systèmes de surveillance de masse. Anthropic a attaqué cette décision en justice, la qualifiant de représailles contre ses prises de position. Un juge fédéral californien a temporairement suspendu la mesure dans l'attente de la procédure.
Anthropoc n'en est pas à son coup d'essai en matière de financement politique. La société a déjà injecté 20 millions de dollars dans Public First Action, un groupe dédié à la promotion de la sécurité de l'IA. Autant dire que la stratégie d'influence est bien rodée avant même le lancement officiel du PAC.
Parallèlement, Google prépare le financement d'un méga data center au Texas opéré par Nexus Data Centers, loué à Anthropic. La première phase du projet pourrait dépasser 5 milliards de dollars, avec Google comme prêteur principal pour la construction pendant que des banques se disputent le reste du financement. L'infrastructure physique suit l'influence politique : Anthropic construit son empire sur tous les fronts simultanément.
Le timing est loin d'être anodin. Alors que Washington débat activement de la régulation de l'IA, avoir un PAC actif permet à Anthropic de peser directement sur le choix des législateurs qui écriront les règles du jeu. C'est la vieille recette de la Silicon Valley appliquée à l'IA : façonner la régulation avant qu'elle ne vous façonne.
Ce que ça change : Anthropic ne joue plus seulement la carte du "bon acteur responsable de l'IA" dans les médias — elle achète désormais son accès aux cercles décisionnels de Washington. Quand une boîte qui se bat contre le Pentagone crée en même temps un PAC pour financer des élus, la prétendue neutralité politique ne tient pas deux secondes. L'IA est devenue un enjeu de pouvoir pur, et Anthropic a choisi son camp : celui de ceux qui font les lois.