Bithumb poursuit ses clients en justice après l'erreur à 40 milliards $
L'exchange sud-coréen Bithumb ne plaisante plus. La plateforme a engagé une procédure judiciaire cette semaine pour récupérer 7 Bitcoin que certains utilisateurs refusent de rendre, soit environ 500 000 dollars.
Rappel des faits. Le 6 février, un bug de type "fat-finger" a conduit Bithumb à distribuer accidentellement 620 000 BTC — valorisés à plus de 40 milliards de dollars — à 249 utilisateurs participant à un événement promotionnel "random box". L'exchange a immédiatement annulé les transactions et récupéré l'essentiel des fonds. Problème : certains clients ont vendu ou échangé les BTC avant le retour en arrière. Résultat : 0,3 % du total reste introuvable.
Bithumb a déposé une demande de saisie conservatoire, une mesure légale qui permet de geler temporairement les avoirs d'un débiteur pour éviter qu'il ne les dissimule ou les liquide avant le procès. En clair : les comptes des clients concernés sont bloqués.
Les experts juridiques sont formels. Lee Chan-jin, ancien avocat et désormais à la tête du Service de surveillance financière (FSS), l'a dit sans détour : ces clients sont "clairement soumis à l'obligation de restitution pour enrichissement sans cause". Ceux qui ont déjà tout converti en cash "font face à un désastre".
Sous le droit sud-coréen, recevoir des actifs par erreur ne vous en donne pas la propriété. Peu importe l'argument avancé — y compris "c'est la faute de l'exchange" — les tribunaux considèrent ça comme un enrichissement injustifié à rembourser. Et si le prix du Bitcoin monte d'ici le jugement, c'est le client qui absorbe la perte.
L'incident a aussi mis en lumière une faille béante dans l'infrastructure de Bithumb. Au moment des faits, la plateforme ne détenait que 175 BTC en propre, et moins de 50 000 BTC au total entre ses actifs et ceux de ses clients. Elle a donc distribué des bitcoins qui n'existaient tout simplement pas dans ses caisses, sans que son système ne déclenche la moindre alerte.
La réponse réglementaire a été immédiate. Le KoFIU, le DAXA et la FSS ont formé une task force d'urgence. En mars, Bithumb a reçu une notification préliminaire de suspension partielle d'activité pendant six mois pour violations des règles AML et KYC. Cette semaine, la Financial Services Commission a également ordonné à tous les exchanges coréens de passer d'un cycle de réconciliation de 24 heures à un régime de 5 minutes d'ici fin mai, avec publication quotidienne des soldes.
Ce que ça change : cette affaire expose un vide industriel majeur — des exchanges capables de distribuer des actifs fantômes sans filet de sécurité. La Corée du Sud force désormais une mise à niveau en temps quasi-réel. Les autres régulateurs mondiaux devraient regarder ça de très près.