Bybit défie le Rwanda : la banque centrale sort les griffes
Bybit a visiblement décidé de jouer avec le feu. Vendredi, l'exchange a annoncé que le franc rwandais (FRW) pouvait désormais être utilisé pour acheter et vendre des cryptos via son service P2P. Quarante-huit heures plus tard, la Banque nationale du Rwanda (NBR) a répondu sur X avec un message sans ambiguïté : non.
"Les crypto-actifs NE SONT PAS autorisés pour les paiements, la conversion en FRW, ou le trading P2P impliquant le FRW dans le cadre réglementaire actuel." La banque centrale ne mâche pas ses mots. Elle a ajouté que les institutions financières agréées par la NBR ont formellement l'interdiction de convertir des francs rwandais en crypto-actifs, dans un sens comme dans l'autre.
Le Rwanda interdit les usages crypto liés à sa monnaie nationale depuis 2018. Ce n'est donc pas une surprise, c'est une ligne rouge que Bybit a franchie en toute connaissance de cause — ou par négligence, ce qui est encore plus problématique pour un exchange de cette taille.
La NBR a également rappelé aux citoyens d'éviter les cryptos en raison de "risques financiers sérieux" et de l'absence de recours en cas de perte. Le message est clair : si vous perdez de l'argent dans une transaction crypto non autorisée, vous êtes seuls.
Bybit n'a pas répondu aux demandes de commentaires au moment de la publication. Rien d'étonnant.
Sur le fond, le Rwanda n'est pas contre l'innovation financière — il est contre la perte de contrôle sur sa politique monétaire. Le pays développe actuellement son propre e-franc rwandais, un projet de monnaie numérique de banque centrale (MNBC) encore en phase de proof-of-concept. L'objectif est clair : garder la main sur la monnaie, pas laisser des exchanges étrangers s'y substituer.
En mars 2025, l'Autorité des marchés de capitaux rwandaise a publié un cadre réglementaire provisoire pour encadrer les prestataires de services sur actifs virtuels. Ce projet de loi, en cours d'examen au parlement, veut interdire le crypto comme monnaie légale, bannir le mining, les mixeurs et les tokens indexés sur le FRW — tout en ouvrant une voie légale pour les opérateurs licenciés.
Du côté de l'adoption crypto, le Rwanda reste largement en retrait. Les données de Chainalysis classent le pays parmi les moins actifs du continent en 2024 et 2025, loin derrière le Nigeria ou l'Afrique du Sud qui dominent les volumes africains.
Ce que ça change : Bybit vient de s'offrir un clash diplomatique inutile avec un régulateur africain pour un marché quasi inexistant. Ça illustre un problème récurrent chez les grands exchanges : l'expansion géographique à tout prix, sans vérification sérieuse du cadre légal local. Le Rwanda va réguler, pas interdire — mais pour y opérer, il faudra jouer selon ses règles. Bybit ferait mieux de commencer à les lire.