Coinbase veut sa licence bancaire : les banques US déclarent la guerre
Le lobby des banques communautaires américaines (ICBA) attaque bille en tête. Cible : la charte bancaire nationale que le régulateur OCC vient d'accorder sous conditions à Coinbase. Pour les banquiers traditionnels, c'est un cheval de Troie crypto dans le système financier.
L'ICBA a publié jeudi un communiqué sans détour. Selon le lobby, le dossier de Coinbase présente des failles sur les contrôles de risques, la rentabilité et les plans de résolution en cas de faillite. En clair : Coinbase n'aurait pas le niveau pour jouer dans la cour des banques. L'ICBA va plus loin et conteste même la compétence juridique de l'OCC pour élargir les pouvoirs fiduciaires aux activités crypto sans appliquer l'intégralité de la réglementation bancaire.
La phrase qui résume tout : « L'afflux soudain de demandes montre que des entités non bancaires cherchent les avantages d'une charte bancaire américaine sans satisfaire l'ensemble des réglementations. » Traduction : les boîtes crypto veulent le beurre et l'argent du beurre.
L'Americans for Financial Reform Education Fund a enfoncé le clou. L'ONG alerte sur les risques liés à la volatilité crypto, la fraude et le blanchiment d'argent que cette approbation pourrait injecter dans le système financier.
De son côté, Coinbase joue la carte de la transparence. L'exchange a précisé que cette charte concerne uniquement la garde d'actifs et l'infrastructure de marché sous supervision fédérale. Pas de dépôts clients. Pas de prêts à réserves fractionnaires. Brian Armstrong résume la philosophie : « Le bon chemin pour la crypto passe par le système, pas autour. »
Mais le vrai champ de bataille se situe ailleurs. La guerre fait rage autour des stablecoins et du rendement. Brian Moynihan, patron de Bank of America, a prévenu en janvier : autoriser les émetteurs de stablecoins à offrir des intérêts pourrait aspirer jusqu'à 6 000 milliards de dollars de dépôts hors du système bancaire traditionnel. Moins de dépôts, moins de prêts, des taux d'emprunt qui grimpent. Le scénario cauchemar pour Wall Street.
Le Bank Policy Institute partage cette inquiétude. Dans des courriers aux législateurs, le lobby bancaire dénonce des failles réglementaires qui permettraient aux stablecoins à rendement de contourner les restrictions et de court-circuiter les canaux de crédit traditionnels.
À Washington, les négociations patinent. Le Digital Asset Market Clarity Act, censé poser un cadre fédéral pour la crypto, est dans l'impasse. Brian Armstrong avait déclaré en janvier que Coinbase ne pouvait pas soutenir le texte en l'état à cause des restrictions sur les récompenses stablecoins. Paul Grewal, directeur juridique de Coinbase, affirme que les législateurs sont proches d'un accord sur les grandes lignes, mais la question du rendement bloque toujours.
Résultat : le passage en commission bancaire du Sénat est reporté. Sans cette étape, pas de vote en séance plénière. Le cadre réglementaire fédéral pour les actifs numériques reste suspendu dans le vide.
La bataille n'est pas technique. Elle est existentielle. Les banques défendent leur monopole sur les dépôts et le crédit. La crypto veut sa part du gâteau réglementaire. Les deux camps s'affrontent désormais dans les couloirs du Congrès, pas sur les marchés.
Ce que ça change : la charte Coinbase est un test grandeur nature. Si elle tient, elle ouvre la porte à une vague d'acteurs crypto dans le système bancaire américain. Les banques traditionnelles l'ont compris et jettent toutes leurs forces dans la bataille. Le vrai enjeu n'est pas Coinbase : c'est le contrôle de 6 000 milliards de dollars de dépôts que les stablecoins pourraient siphonner.