Jamie Dimon : l'IA va détruire des emplois, et JPMorgan s'en fout
Jamie Dimon ne fait pas dans la dentelle. Dans sa lettre annuelle aux actionnaires, le PDG de JPMorgan Chase — la plus grande banque américaine — a dit tout haut ce que beaucoup de dirigeants murmurent en coulisses : l'intelligence artificielle va transformer le travail, l'économie, et oui, elle va supprimer des emplois.
"L'IA va définitivement éliminer certains emplois, tout en en améliorant d'autres", écrit Dimon, sans trembler. Il promet que JPMorgan aura "des plans précis pour soutenir et redéployer" les employés touchés. Beau discours. La réalité, c'est que la banque s'apprête à dépenser 19,8 milliards de dollars en technologie en 2026, dont une part massive dédiée à l'IA, aux données et au cloud. En octobre dernier, Dimon avouait déjà claquer 2 milliards de dollars par an rien que sur l'IA.
Sur le fond, Dimon compare l'IA à l'électricité et à internet — mais en beaucoup plus rapide. Là où ces révolutions ont pris des décennies à s'installer, il pense que l'IA va s'accélérer "sur les prochaines années". "L'IA affectera pratiquement chaque fonction, application et processus de l'entreprise", dit-il. Productivité, recherche scientifique, santé : il va jusqu'à affirmer que l'IA "guérira certains cancers" et "réduira les morts accidentelles". Le grand soir, version Goldman Sachs.
Mais Dimon n'est pas naïf — ou du moins, il joue le jeu de ne pas l'être. Il liste les risques : deepfakes, désinformation, cyberattaques. "Ces risques sont réels, mais gérables si les entreprises, les régulateurs et les gouvernements se préparent", écrit-il. Il met en garde contre deux erreurs symétriques : sur-réguler à la première crise, ou sous-réagir et ne rien apprendre des ratés.
Cette prise de position intervient dans un contexte où les alertes se multiplient. En janvier, Dario Amodei, le patron d'Anthropic, estimait que l'IA pourrait éliminer jusqu'à 50% des emplois d'entrée de gamme dans les professions qualifiées d'ici 5 ans. Il précisait que ses propres ingénieurs chez Anthropic n'écrivent "plus aucune ligne de code" eux-mêmes. Les modèles s'en chargent. Les humains relisent, au mieux.
JPMorgan emploie plus de 310 000 personnes dans le monde. Quand Dimon parle de "redéploiement", la question qui brûle les lèvres est simple : redéploiement vers quoi ? L'IA ne crée pas autant d'emplois qu'elle en détruit, et les nouveaux postes — cybersécurité, ingénierie IA — demandent des profils très spécifiques que la majorité des employés de banque n'ont pas.
Ce que ça change : Quand le PDG de la plus grande banque du monde dit publiquement que l'IA va supprimer des emplois et dépense 20 milliards pour l'accélérer, arrêtons de faire semblant que c'est un débat philosophique. C'est un fait économique en marche, et les cols blancs sont dans le viseur exactement comme les ouvriers l'étaient dans les années 80.