Jeff Bezos lève 10 milliards pour son IA industrielle à 38 Mds$
Jeff Bezos est de retour aux commandes, et il vise grand. Son laboratoire d'intelligence artificielle, baptisé Project Prometheus, s'apprête à finaliser une levée de fonds de 10 milliards de dollars à une valorisation de 38 milliards de dollars, selon le Financial Times. JPMorgan et BlackRock figurent parmi les investisseurs.
Lancé en novembre 2025 avec déjà 6,2 milliards de dollars en poche, Prometheus emploie aujourd'hui plus de 120 personnes recrutées chez OpenAI, xAI, Meta et DeepMind. Le projet est co-dirigé par Vikram Bajaj, ancien scientifique chez Google X et cofondateur de Foresite Labs.
L'ambition est claire : développer des systèmes d'IA dits "physiques", capables d'apprendre par interaction avec le monde réel. Fabrication, aérospatiale, robotique, découverte de médicaments, logistique : les secteurs ciblés sont ceux où la donnée propriétaire vaut de l'or — et où les acteurs en place ont mis des décennies à l'accumuler.
C'est précisément là que réside le vrai défi. Contrairement aux modèles de langage entraînés sur du texte public, l'IA physique nécessite des données sur les comportements des matériaux, les tolérances industrielles et les procédés de fabrication. Des informations jalousement gardées par les industriels.
Mais Bezos a trouvé la parade. Selon le Wall Street Journal, Prometheus cherche parallèlement à lever jusqu'à 100 milliards de dollars pour un holding d'investissement dédié. L'objectif : prendre des participations dans des cabinets d'architecture, d'ingénierie et de construction (AEC) — des secteurs particulièrement exposés à la disruption par l'IA — puis récupérer leurs données pour alimenter ses modèles. Un cercle vertueux aussi redoutable qu'inquiétant.
Le contexte est favorable. Les startups IA ont attiré 242 milliards de dollars de capital-risque au seul premier trimestre 2026, soit environ 80 % de l'ensemble du financement mondial selon Crunchbase. Le marché mondial de l'IA dans l'industrie manufacturière atteignait 34 milliards de dollars en 2025 et devrait grimper à 155 milliards d'ici 2030 — soit une multiplication par 4,5 en cinq ans.
Le tout dans un secteur, la fabrication industrielle mondiale, estimé à 16 800 milliards de dollars, avec une pénétration de l'IA encore inférieure à 1 %.
Pour Bezos, c'est aussi un retour historique : c'est la première fois qu'il occupe un rôle opérationnel depuis son départ d'Amazon en 2021. Il ne s'agit plus de vendre des livres ou d'héberger des serveurs — il joue désormais dans la cour des infrastructures mondiales.
Si cette levée se concrétise, Prometheus deviendrait l'une des startups en phase précoce les plus richement valorisées au monde.
Ce que ça change : Bezos ne construit pas juste une IA de plus. Il construit une machine à données industrielles, adossée à des actifs réels, financée par les plus grands fonds mondiaux. Les marchés crypto et tech vont surveiller de très près comment ce modèle d'acquisition de données propriétaires redéfinit la valorisation des startups IA — et par ricochet, celle des protocoles décentralisés qui misent sur la même ressource.