La Chine censure Bitchat, l'app de Dorsey qui se fout d'internet
La Chine a encore sorti la hache. Sur ordre du Cyberspace Administration of China, Apple a supprimé Bitchat de son App Store chinois. Jack Dorsey l'a confirmé lui-même ce dimanche 5 avril via un tweet laconique. Pas de surprise, mais un symbole fort.
Bitchat, c'est l'application de messagerie décentralisée développée par Dorsey, le patron de Block. Sa particularité ? Elle n'a pas besoin d'internet. Elle fonctionne exclusivement via Bluetooth et des réseaux mesh, où les messages sautent d'appareil en appareil sans passer par un serveur central. Pour un régime qui surveille chaque octet qui transite sur son territoire, c'est une horreur absolue.
Les autorités chinoises ont justifié le retrait en invoquant une violation des règles encadrant les «services d'information en ligne à caractère d'opinion publique ou de mobilisation sociale». Un texte de 2018 qui exige une évaluation de sécurité avant tout lancement. Traduction : l'app ne peut pas être contrôlée, donc elle ne peut pas exister.
Pourtant, Bitchat cartonne à l'échelle mondiale. L'app totalise plus de 3 millions de téléchargements toutes plateformes confondues. Rien que la semaine dernière, elle a été téléchargée plus de 83 000 fois. Sur le Google Play Store, le compteur dépasse déjà 1 million de téléchargements à lui seul. La version TestFlight sur Apple avait atteint sa limite de 10 000 utilisateurs avant même la censure chinoise.
Ce succès n'est pas anodin. Bitchat est devenu l'outil de référence pour les manifestants dans des pays qui coupent internet pour étouffer la contestation. Madagascar, Ouganda, Iran, Népal, Indonésie : là où les gouvernements ferment le robinet numérique, Bitchat continue de fonctionner. C'est précisément ça qui terrifie Pékin.
La Chine n'en est pas à son coup d'essai avec Dorsey. En 2023, Damus, l'alternative décentralisée à Twitter construite sur le protocole Nostr et soutenue par Dorsey, avait subi le même sort. Même motif, même punition : communication non surveillée, inacceptable.
De son côté, la Chine s'appuie sur WeChat, qui compte 1,34 milliard d'utilisateurs actifs mensuels pour une population de 1,4 milliard d'habitants. Une plateforme entièrement sous la coupe du Parti, avec modération des contenus et surveillance en temps réel. Le contraste avec l'architecture de Bitchat ne pourrait pas être plus brutal.
Ce que ça change : La censure chinoise de Bitchat est la meilleure publicité possible pour l'app. Chaque suppression par un régime autoritaire valide l'utilité réelle de la décentralisation — pas comme argument marketing crypto, mais comme outil de survie pour des millions de personnes. Dorsey construit des trucs qui dérangent les dictatures. C'est la meilleure validation qui soit.