Le Congrès US veut boucler sa loi crypto avant les midterms
Le sénateur républicain du Tennessee Bill Hagerty a fixé un calendrier clair lundi lors du Digital Assets and Emerging Tech Policy Summit à l'université Vanderbilt : la loi sur la structure du marché crypto doit passer en commission bancaire du Sénat d'ici la fin avril.
La mécanique est simple. Dès la semaine prochaine, le banking committee entame ses travaux sur le texte. Hagerty estime que les points de blocage restants — tokenisation d'actions, rendement des stablecoins, questions éthiques — sont «surmontables». Traduction : les négociations avancent, même si rien n'est signé.
Le texte en question, baptisé CLARITY Act lors de son passage à la Chambre des représentants en juillet dernier, est considéré comme la réforme crypto la plus ambitieuse jamais tentée aux États-Unis. Son objectif principal : transférer la supervision du marché crypto de la SEC vers la CFTC. Un changement de paradigme massif pour l'industrie, qui souffre depuis des années de l'ambiguïté réglementaire imposée par la SEC de Gary Gensler.
Mais le texte doit encore obtenir le feu vert de deux commissions : le Senate Agriculture Committee, qui a déjà validé sa version en janvier, et le Senate Banking Committee, qui traîne les pieds depuis des mois. Sans ce second passage en markup, pas de vote en séance plénière au Sénat. Pas de loi.
Hagerty a été direct sur l'enjeu politique : «Si on règle ça en avril, on a largement le temps avant les midterms.» Les élections de mi-mandat de novembre 2026 sont déjà dans toutes les têtes à Washington.
Et pour cause. Le PAC pro-crypto Fairshake a déclaré disposer d'une war chest de 193 millions de dollars pour peser sur ces élections, après avoir déjà dépensé plus de 130 millions de dollars en achats médias lors de la campagne de 2024. Un autre PAC, Fellowship PAC, affirme avoir levé «plus de 100 millions de dollars» auprès de soutiens liés à l'industrie crypto — dont l'identité reste confidentielle — et vient de nommer Jesse Spiro, cadre chez Tether, comme président.
Côté industrie, le CLO de Coinbase Paul Grewal confirmait la semaine dernière que les négociateurs étaient «proches d'un accord» sur les stablecoins et les autres points litigieux. Le groupe Stand With Crypto, financé par Coinbase, prévient ouvertement les élus : leur vote sur cette loi influencera directement leurs chances de survie politique en 2026.
Le message est limpide. L'industrie crypto a les moyens de faire et défaire des carrières politiques aux États-Unis, et elle n'hésite plus à le dire à voix haute.
Ce que ça change : Si le CLARITY Act passe, la SEC perd la main sur une large partie du marché crypto américain au profit de la CFTC. Pour les projets qui se débattaient depuis des années dans le flou juridique, c'est potentiellement la fin du Far West réglementaire — dans le bon sens du terme. Reste à voir si Washington tiendra le calendrier annoncé, ou si le texte s'enlisera une nouvelle fois dans les querelles de couloir.