Chine vs Bitchat : Pékin fait censurer l'appli de Jack Dorsey
Apple a retiré Bitchat de l'App Store chinois. Ordre venu directement de la Cyberspace Administration of China (CAC), le gendarme du net du Parti communiste. Jack Dorsey, fondateur de Bitchat et de feu Twitter, l'a annoncé lui-même le 6 avril 2026 sur X. Pas de langue de bois, pas de zone grise : Pékin a demandé, Apple a obéi.
Le motif officiel ? Bitchat violerait l'article 3 des Dispositions relatives à l'évaluation de la sécurité des services d'information sur Internet. Traduction réelle : l'appli permet la "mobilisation sociale". Autrement dit, elle aide les gens à s'organiser sans que le Parti puisse écouter, surveiller ou couper la communication. C'est exactement pour ça qu'elle est dangereuse aux yeux de Pékin. Et exactement pour ça qu'elle est précieuse pour le reste du monde.
Bitchat n'est pas une messagerie classique. Elle fonctionne en Bluetooth Mesh : chaque smartphone devient un relais, formant un réseau maillé totalement décentralisé. Pas de serveur central, pas d'Internet requis. Concrètement, même quand un régime coupe le réseau, l'appli continue de tourner. En janvier 2026, lors des grandes manifestations en Iran contre le régime des mollahs, Bitchat et son fork local Noghteha ont connu un pic d'utilisation massif pendant les coupures Internet imposées par Téhéran. En septembre 2025, les manifestations de la Gen Z au Népal ont eu raison du gouvernement marxiste-léniniste de l'UML. Ce type d'outil change concrètement le rapport de force entre un régime et sa population.
Bitchat rejoint une liste noire déjà bien fournie en Chine. Signal, WhatsApp, Telegram, Facebook, Instagram, X : tous bloqués derrière le Grand Firewall. Inaccessibles sans VPN. Et dans la même logique de contrôle total, Bitcoin et les cryptomonnaies décentralisées sont officiellement interdits d'utilisation sur le territoire chinois. Tout ce qui échappe au contrôle du Parti est une menace. La cohérence est au moins totale.
Le rôle d'Apple dans cette affaire mérite d'être nommé clairement. Le géant de Cupertino s'exécute à chaque fois que Pékin siffle. Ce n'est pas nouveau, ce n'est pas surprenant, mais c'est documenté une fois de plus. Apple maintient son accès au marché chinois en échange d'une obéissance silencieuse aux diktats du régime. Un deal commercial assumé, aux dépens des droits des utilisateurs locaux.
Côté Dorsey, révéler publiquement la demande de censure est le minimum syndical. Bitchat reste disponible dans le reste du monde. Et les Chinois suffisamment motivés trouveront des moyens de contourner le blocage, comme ils le font déjà pour des dizaines d'autres applis.
Ce que ça change : rien pour Pékin à court terme, mais chaque censure documentée publiquement renforce l'adoption mondiale de ces outils décentralisés — et prouve que Bitcoin, Bitchat et leurs équivalents sont exactement le genre de technologies que les régimes autoritaires craignent le plus.