Le NYT accuse Adam Back d'être Satoshi Nakamoto
Le New York Times a lâché une bombe mercredi. John Carreyrou, journaliste Pulitzer, pointe Adam Back comme le véritable Satoshi Nakamoto après un an d'investigation. Adam Back, cryptographe britannique et inventeur de Hashcash, est dans le viseur.
Carreyrou n'a pas travaillé à la légère. Il a épluché une base de 134 308 posts issus des listes de diffusion cypherpunk. Il est parti de 620 utilisateurs identifiés sur ces forums cryptographiques des premières heures, et a réduit la liste à un seul suspect en traquant les habitudes d'écriture : erreurs de césure, variations orthographiques, tournures de phrases. Un profil linguistique qui colle avec Adam Back.
Le dossier ne s'arrête pas là. Des posts de Back datant de 1997 — soit 10 ans avant la publication du whitepaper Bitcoin — décrivent déjà les cinq caractéristiques fondamentales du protocole. Monnaie électronique hors système bancaire, confidentialité des transactions, réseau distribué, rareté intégrée, zéro confiance requise envers une banque centrale. C'est Bitcoin, mot pour mot, une décennie avant l'heure.
Back avait même anticipé des éléments de la solution au problème des généraux byzantins, un défi mathématique central dans les systèmes distribués. Il évoquait aussi des nœuds pouvant rejoindre ou quitter le réseau sans en perturber le fonctionnement. Et cerise sur le gâteau : il proposait d'utiliser Hashcash — son invention — pour générer les pièces b-money de Wei Dai. Deux technologies explicitement citées par Satoshi dans le whitepaper de 2008.
Face à tout ça, Adam Back maintient sa ligne de défense habituelle : il n'est pas Satoshi. Pas de surprise, il a toujours nié. Mais Carreyrou a noté un moment révélateur dans le documentaire HBO de 2024, Money Electric: The Bitcoin Mystery. Quand le réalisateur avait évoqué son nom comme possible Satoshi, la réaction de Back avait été tendue. Il avait nié et demandé que l'échange reste confidentiel. Pas vraiment l'attitude de quelqu'un à l'aise avec la question.
L'élément le plus troublant reste ailleurs. Carreyrou a demandé à Back les métadonnées des emails qu'il avait lui-même produits dans le cadre du procès Craig Wright. Back n'a répondu à aucune des deux relances. Dans ce genre d'affaire, le silence parle souvent plus fort que les mots.
L'identité de Satoshi restera peut-être un mystère pour toujours — et c'est peut-être voulu. Mais le dossier Carreyrou est le plus solide construit à ce jour contre un candidat unique, sourcé, documenté et publié dans l'un des journaux les plus influents au monde.
Ce que ça change : Rien sur le plan technique — Bitcoin fonctionne indépendamment de son créateur. Mais si Back est confirmé un jour, Blockstream, la société qu'il dirige et qui pèse des centaines de millions de dollars, prend une dimension politique et économique autrement plus lourde dans l'écosystème Bitcoin.