Polymarket parie sur des soldats morts : scandale aux États-Unis
Un soldat américain est porté disparu en Iran. Son avion a été abattu. Les secours le cherchent. Et pendant ce temps, des traders pariaient sur ses chances de survie sur Polymarket. C'est la réalité qui a provoqué une tempête politique aux États-Unis cette semaine.
Le représentant Seth Moulton (D-MA) n'a pas mâché ses mots. Il a qualifié ces marchés de "death markets" dégoûtants, pointant du doigt une plateforme qui monétise la détresse humaine en temps réel. Polymarket a rapidement archivé le marché concerné, reconnaissant qu'il ne respectait pas ses "standards d'intégrité" et qu'il enquêtait sur la façon dont ce marché avait contourné ses propres garde-fous internes.
Moulton a aussi visé directement Donald Trump, investisseur connu dans Polymarket, soulevant une question qui brûle les lèvres : un président ayant accès à des renseignements classifiés peut-il légalement profiter de marchés prédictifs liés à des opérations militaires en cours ? La question est posée. Elle restera sans réponse rapide.
Ce n'est pas la première fois que Polymarket se retrouve au cœur d'une polémique de ce type. Lors des frappes américano-israéliennes en Iran et de la mort de l'ex-guide suprême Ali Khamenei, la plateforme avait déjà été sous le feu des critiques. Un seul compte avait engrangé plus de 460 000 dollars de profit en tradant des contrats liés aux frappes iraniennes. La société d'analytics on-chain Bubblemaps a estimé que 12 insiders avaient collectivement raflé plus de 1,2 million de dollars. La majorité de ces portefeuilles avaient été alimentés 24 heures avant les événements et avaient acheté le contrat "US strikes Iran before February 28, 2026" quelques heures seulement avant que ça se produise. Insider trading ? Le mot est lâché.
Le sénateur Chris Murphy (D-CT) est allé encore plus loin, promettant de déposer une législation en urgence pour interdire ces pratiques. Sa phrase résume l'état d'esprit d'une partie du Congrès : l'entourage de Trump s'enrichit sur la guerre et la mort.
Kalshi, autre plateforme de marchés prédictifs, fait face à une action collective après avoir refusé de verser 54 millions de dollars à des traders qui avaient parié sur la chute de Khamenei.
Le secteur des marchés prédictifs pèse désormais plusieurs milliards de dollars. Il attire des spéculateurs sur le sport, la politique, les événements géopolitiques. Mais la bataille réglementaire entre la CFTC et les États américains sur qui doit superviser ces plateformes reste non résolue, et ce flou juridique est exactement ce qui permet à ces dérives d'exister.
Ce que ça change : Polymarket et ses concurrents ont joué trop longtemps dans une zone grise confortable. Quand on commence à parier sur la vie d'un soldat disparu au combat, la tolérance politique s'effondre. La régulation arrive, qu'ils le veuillent ou non.