Satoshi = Adam Back ? L'enquête qui ne convainc personne
Un journaliste d'investigation de renom, John Carreyrou, vient de lâcher une bombe : selon lui, Adam Back, CEO de Blockstream et vétéran cypherpunk, serait Satoshi Nakamoto. Conclusion d'une enquête de 18 mois basée principalement sur la stylométrie, une technique d'analyse statistique qui compare les patterns d'écriture, les tournures de phrases et le style linguistique.
Carreyrou a confronté les posts de forum et le whitepaper de Satoshi avec les écrits historiques d'Adam Back. Verdict : même plume, même homme.
Sauf que le raisonnement s'effondre assez vite.
Michael Saylor, fondateur de Strategy, a immédiatement pointé la faille évidente : Satoshi et Adam Back ont échangé des emails directement pendant les premiers jours de développement de Bitcoin. Satoshi avait contacté Back pour discuter de Hashcash, le système de preuve de travail qu'il avait inventé en 1997 et que Satoshi cite dans son whitepaper. Pour que la théorie de Carreyrou tienne la route, Back aurait dû fabriquer de toutes pièces une correspondance email avec lui-même pour brouiller les pistes. C'est acrobatique, pour le dire poliment.
Saylor a été direct : « La stylométrie, c'est intéressant, mais ce n'est pas une preuve. Les emails contemporains entre Satoshi et Adam Back suggèrent qu'il s'agit de deux individus distincts. » Il a conclu en posant la seule règle qui compte dans cette communauté : « Tant que quelqu'un ne signe pas avec les clés de Satoshi, chaque théorie n'est qu'un récit. »
Jameson Lopp, figure bien connue de l'écosystème Bitcoin, est allé encore plus loin dans la critique. Pour lui, publier ce genre d'accusation sur la base d'une analyse linguistique fragile, c'est irresponsable. Il a écrit sans détour : « Satoshi Nakamoto ne peut pas être identifié par analyse stylométrique. Honte à vous de peindre une énorme cible dans le dos d'Adam avec des preuves aussi faibles. » Le jeu de mots sur « Back » n'était pas involontaire.
Du côté de Bloomberg, Joe Weisenthal a nuancé sans pour autant sauver la théorie. Il soulève un problème de fond : tous les cypherpunks de cette époque avaient des vues similaires sur la politique, la vie privée et l'architecture d'internet. Utiliser la stylométrie dans ce groupe précis revient à chercher une aiguille dans une botte de foin composée uniquement d'aiguilles.
Adam Back, de son côté, a toujours nié être Satoshi. Il reste l'une des figures les plus citées dans l'histoire de la création du Bitcoin, notamment via Hashcash, mais être une influence directe n'est pas la même chose qu'être l'inventeur.
Ce que ça change : Rien, et c'est exactement le problème. Chaque nouvelle théorie sur l'identité de Satoshi agite les réseaux pendant 48 heures, expose une personne réelle à des risques concrets, puis disparaît sans laisser de trace. La seule preuve acceptable reste une signature cryptographique avec les clés originales. Tout le reste n'est que journalisme de spéculation.