Stablecoins euro : la France veut en finir avec la domination du dollar
Le ministre français des Finances Roland Lescure a mis les pieds dans le plat. En avril 2025, lors d'une conférence crypto à Paris, il a appelé les banques européennes à développer massivement des stablecoins indexés sur l'euro. Le constat est brutal : le volume actuel n'est «pas satisfaisant».
Les chiffres donnent raison à Lescure. Le marché total des stablecoins euro pèse 675,9 millions de dollars, soit 0,207% d'un marché mondial valorisé à 325,72 milliards de dollars. Le leader incontesté côté euro, l'EURC, ne dépasse pas 429 millions de dollars de capitalisation. Pendant ce temps, l'USDT et l'USDC écrasent tout sur leur passage.
La riposte européenne s'organise néanmoins. Lescure a salué l'initiative Qivalis, portée par trois mastodontes bancaires européens : ING, UniCredit et BNP Paribas. Ensemble, ils développent un stablecoin en euro dont le lancement est prévu pour le second semestre 2026. L'objectif est clair : réduire la dépendance aux infrastructures de paiement américaines dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes entre l'UE et les États-Unis.
Ce mouvement s'inscrit dans une stratégie plus large. La Banque Centrale Européenne travaille en parallèle sur l'euro numérique, un CBDC destiné à ancrer l'institution dans l'économie digitale. Deux approches complémentaires, privée et publique, pour reconquérir un territoire quasi entièrement cédé au dollar.
Lescure ne s'est pas arrêté là. Il a également encouragé les banques européennes à explorer les dépôts tokenisés, soit des représentations numériques de dépôts bancaires classiques enregistrées sur une blockchain. JP Morgan, HSBC et Citi se sont déjà positionnés sur ce segment. Les banques européennes accusent du retard, et Lescure leur dit franchement de se bouger.
Du côté américain, la dynamique est inverse : Donald Trump a signé le GENIUS Act en juillet 2025, offrant un cadre réglementaire clair aux stablecoins dollar et ouvrant grand la porte à l'adoption institutionnelle. L'avance américaine se creuse pendant que l'Europe tente encore de s'organiser.
Ce que ça change : L'Europe a pris conscience du problème, mais la prise de conscience ne suffit pas. Avec un lancement Qivalis repoussé à 2026 et une part de marché anecdotique, les banques européennes jouent la montre face à un dollar numérique qui s'installe durablement. Si elles ne passent pas à la vitesse supérieure maintenant, le retard sera structurel et quasi irrattrapable.