⚖️ regulation

Stablecoins : qui tient vraiment les rênes du règlement mondial ?

33 000 milliards de dollars réglés en 2025 par les stablecoins : qui contrôle vraiment cette infrastructure qui remplace les banques correspondantes ?
📅 lundi 13 avril 2026 ⏱ 2 min de lecture · 2 vues
Stablecoins : qui tient vraiment les rênes du règlement mondial ?

Pendant des décennies, déplacer de l'argent entre institutions financières passait par un seul canal : les banques correspondantes. Un à trois jours d'attente, fermeture le week-end, frais opaques. Un système vieillissant que la finance mondiale a pourtant toléré faute d'alternative crédible.

L'alternative est arrivée. En 2025, les stablecoins ont réglé 33 000 milliards de dollars de transactions. Ce chiffre dépasse désormais les volumes annuels de nombreux systèmes interbancaires traditionnels. Ce n'est plus un phénomène marginal, c'est une infrastructure de fait.

Mais derrière la fluidité apparente de ces transferts instantanés se pose une question que peu d'acteurs osent formuler clairement : qui contrôle réellement cette couche de règlement ?

La réponse est inconfortable. Aujourd'hui, deux émetteurs dominent le marché : Tether et Circle. Tether, avec son USDT, capte à lui seul la majorité des volumes mondiaux. Circle, avec l'USDC, s'est imposé comme la référence réglementaire côté américain. Ces deux entités privées déterminent les conditions d'accès, les règles de gel de fonds et les modalités de conformité pour une infrastructure qui traite des milliers de milliards de dollars.

Ce n'est pas neutre. Tether a déjà gelé des adresses sur demande de forces de l'ordre. Circle aussi. La promesse de décentralisation portée par la DeFi se heurte frontalement à la réalité d'émetteurs centralisés qui ont la main sur le robinet.

Du côté des États, la course est lancée. Les États-Unis poussent le GENIUS Act pour encadrer les stablecoins de paiement et maintenir la suprématie du dollar numérique. L'Europe a déjà intégré les stablecoins dans MiCA, forçant les émetteurs à détenir des réserves auprès d'établissements agréés dans l'UE. La Chine, elle, a tranché depuis longtemps : pas de stablecoin privé, uniquement le yuan numérique souverain.

Le vrai enjeu n'est pas technique. Il est géopolitique. Contrôler la couche de règlement en dollar, c'est contrôler une partie des flux financiers mondiaux. Les marchés l'ont compris : les valorisations des protocoles construits autour des stablecoins explosent dès qu'un texte législatif favorable pointe le bout de son nez à Washington.

Les banques centrales ne sont pas en reste. Plusieurs observent avec attention si les stablecoins privés peuvent coexister avec leurs propres projets de monnaie numérique, ou si l'un finira par cannibiliser l'autre.

Une chose est certaine : la couche de règlement mondiale est en train de se réécrire. Et contrairement à ce que les narratifs crypto laissent entendre, elle ne sera pas sans maître.

Ce que ça change : les stablecoins ne sont pas une disruption neutre — ils transfèrent le pouvoir des banques centrales vers quelques émetteurs privés américains, sous surveillance croissante des États. Celui qui contrôle le règlement contrôle la finance. Le débat ne fait que commencer.

A lire aussi