Stablecoins vs banques : Moody's tire la sonnette d'alarme
Les stablecoins ne menacent pas encore les banques — mais la fenêtre se referme. C'est le message clair de Moody's Investors Service, qui vient de publier son analyse sur l'impact des stablecoins dans le secteur bancaire traditionnel.
Abhi Srivastava, vice-président associé du Digital Economy Group chez Moody's, résume la situation sans détour : l'impact est pour l'instant « limité », mais la capitalisation des stablecoins a dépassé 300 milliards de dollars fin 2024. Et ça ne va pas s'arrêter là.
Le frein principal côté américain ? Une règle qui interdit aux stablecoins de verser des rendements à leurs détenteurs. Résultat : ils ne peuvent pas rivaliser avec les dépôts bancaires classiques, au moins à court terme. Les systèmes de paiement américains sont déjà « rapides, peu coûteux et fiables », selon Srivastava. Pas facile de faire mieux dans ce contexte.
Mais à mesure que les stablecoins s'imposent dans les paiements, le commerce transfrontalier et la finance onchain, la pression sur les banques va monter. Srivastava pointe un risque concret : des sorties de dépôts et une capacité de prêt réduite pour les établissements traditionnels. Les actifs du monde réel tokenisés (RWA) sur blockchain amplifient cette dynamique.
Sur le front réglementaire, c'est l'embouteillage. Le Digital Asset Market Clarity Act de 2025, dit CLARITY Act, qui devait établir un cadre clair pour les crypto-actifs, est actuellement bloqué au Congrès. Coinbase et d'autres acteurs du secteur ont publiquement rejeté les premières versions du texte, notamment à cause de l'interdiction des stablecoins à rendement et du manque de protections pour les développeurs open-source.
Les banques, elles, font du lobbying agressif pour maintenir cette interdiction de rendement. L'enjeu est simple : si les stablecoins peuvent rémunérer leurs détenteurs, ils deviennent une alternative directe aux comptes d'épargne.
Le sénateur républicain Thom Tillis travaille sur une version révisée du texte censée satisfaire les deux camps. Mais selon Politico, ce nouveau projet fait déjà l'objet de résistances, et il n'a pas encore été rendu public.
Pendant ce temps, des voix dans l'industrie crypto alertent sur les risques d'un échec législatif : sans cadre réglementaire clair, le secteur s'expose à des durcissements futurs portés par des élus hostiles.
Ce que ça change : Le vrai combat ne se joue pas sur les marchés, mais dans les couloirs du Congrès. Si les stablecoins obtiennent le droit de verser des rendements, les banques perdent un avantage concurrentiel majeur — et 300 milliards de dollars ne sont qu'un début.