xAI attaque le Colorado en justice pour bloquer sa loi IA
La guerre juridique autour de l'intelligence artificielle s'intensifie aux États-Unis. xAI, la société d'IA d'Elon Musk, a déposé jeudi une plainte fédérale pour bloquer l'application d'une nouvelle loi de l'État du Colorado sur les systèmes d'IA à haut risque.
La cible : le Colorado Senate Bill 24-205, prévu pour entrer en vigueur le 30 juin 2025. Cette loi oblige les développeurs d'IA à divulguer les risques de leurs systèmes et à prendre des mesures contre les discriminations algorithmiques dans des domaines comme l'emploi, le logement, la santé, l'éducation et les services financiers.
xAI ne mâche pas ses mots dans sa plainte. La société estime que cette loi n'est pas une loi anti-discrimination, mais une tentative de l'État d'imposer ses propres vues idéologiques dans le fonctionnement des IA. En clair : Musk accuse le Colorado de vouloir forcer Grok à adopter une ligne éditoriale pro-diversité imposée par l'État.
"SB24-205 interdit aux développeurs de systèmes d'IA de produire des discours que l'État du Colorado n'aime pas, tout en les contraignant à se conformer à une orthodoxie imposée par l'État sur des sujets controversés", écrivent les avocats de xAI. Argument clé brandi : le Premier Amendement, qui protège la liberté d'expression.
La plainte va plus loin. xAI argue aussi que la loi régule illégalement des activités qui se déroulent en dehors du Colorado, qu'elle est trop vague pour être appliquée équitablement, et qu'elle favorise arbitrairement les systèmes qui promeuvent la "diversité" au détriment des autres.
Ce contentieux s'inscrit dans un contexte de guerre ouverte entre les Big Tech et les législateurs américains sur la régulation de l'IA. Plusieurs États — Colorado, New York, Californie — ont avancé leurs propres règles sur l'IA générative, pendant que l'administration Trump travaille de son côté à un cadre réglementaire national. Résultat : un patchwork juridique qui rend la situation ingérable pour les entreprises technologiques.
Mauvais timing pour xAI : la société est déjà sous pression sur un autre front. Plusieurs plaintes déposées en 2026 accusent Grok de générer des deepfakes non consentis. En mars, une action collective menée par 3 mineurs du Tennessee affirme que Grok a produit des images explicites les représentant sans leur accord. La ville de Baltimore a également poursuivi xAI, affirmant que Grok aurait généré jusqu'à 3 millions d'images sexualisées en quelques jours, dont des milliers impliquant des mineurs.
xAI n'a pas répondu aux demandes de commentaires.
Ce que ça change : si xAI gagne, cela créera un précédent majeur qui pourrait torpiller toute tentative des États américains de réguler le contenu produit par les IA au nom du Premier Amendement — et ouvrir la voie à une régulation uniquement fédérale, bien plus favorable aux géants de la tech.