Anthropic crée son PAC politique : l'IA entre en guerre à Washington
Anthropic joue désormais la carte politique. La société mère de Claude a déposé vendredi un dossier auprès de la Federal Election Commission pour créer un comité d'action politique baptisé AnthroPAC. Traduction : l'entreprise va pouvoir financer des candidats et peser sur les élections américaines.
Concrètement, AnthroPAC est un fonds alimenté par les contributions volontaires des employés, plafonnées à 5 000 dollars par personne. Ce type de structure — appelé PAC séparé — est monnaie courante dans la tech. Google, Microsoft et Amazon ont tous le leur. En 2024, ces trois PACs à eux seuls ont versé plus de 2,3 millions de dollars à des candidats américains, avec une nette préférence pour les républicains.
Anthropuc ne sort pas ce PAC de nulle part. La société est en guerre ouverte avec l'administration Trump depuis plusieurs mois. En février, Trump a ordonné aux agences fédérales de cesser d'utiliser les technologies d'Anthropic. Motif : un désaccord avec le Pentagone sur les conditions d'utilisation de Claude dans le cadre militaire. Anthropic a refusé de retirer les garde-fous qui empêchent son IA d'être utilisée pour de la surveillance de masse ou des armes létales entièrement autonomes. Pas question de lâcher sur ce point.
La réponse du gouvernement a été brutale : classer Anthropic comme risque pour la chaîne d'approvisionnement nationale, ce qui revenait à interdire aux sous-traitants du Pentagone de travailler avec la société. Anthropic a attaqué en justice en mars, arguant qu'il s'agissait d'une mesure de rétorsion pure et simple contre sa liberté d'expression.
La semaine dernière, la juge fédérale Rita Lin a émis une injonction préliminaire bloquant cette désignation. Elle a estimé que les actions du gouvernement violaient probablement le Premier Amendement et les droits au processus régulier d'Anthropic. Un premier point marqué devant les tribunaux.
Mais Anthropic ne compte visiblement pas s'arrêter là. Créer un PAC, c'est acheter une place à la table des négociations politiques. En février 2026, la société avait déjà injecté 20 millions de dollars dans Public First Action, un groupe militant pour le développement de garde-fous en matière d'IA. La cohérence est là : Anthropic veut façonner la réglementation, pas la subir.
L'entreprise n'a fait aucun commentaire public sur la création d'AnthroPAC. Mais le timing parle de lui-même — les midterms américains approchent et l'IA est devenue l'un des sujets législatifs les plus brûlants de Washington.
Ce que ça change : Anthropic arrête de jouer les victimes et décide d'entrer dans l'arène politique avec de l'argent. Les entreprises d'IA qui restaient en dehors du jeu électoral américain vont devoir choisir leur camp. La régulation de l'IA ne se décidera pas uniquement dans les tribunaux ou les labos — elle se jouera aussi dans les urnes.