Bitcoin post-quantique : se précipiter serait une erreur fatale
La guerre des mots a éclaté dans la communauté Bitcoin. Le sujet : faut-il se précipiter vers une cryptographie post-quantique (PQ) avant 2029 ? Réponse courte de Samson Mow, fondateur de JAN3 : non, et surtout pas maintenant.
Tout est parti d'un rapport de Google Quantum AI qui a refroidi pas mal de monde. Selon ses conclusions, des processeurs quantiques avancés n'auraient besoin que de 500 000 qubits physiques — ou entre 1 200 et 1 450 qubits logiques stables — pour casser la sécurité cryptographique actuelle. C'est très loin des "millions de qubits" évoqués jusqu'ici. Traduction : la menace est plus proche que prévu. Google réclame une migration PQ d'ici 2029 pour protéger près de 7 millions de BTC potentiellement exposés.
Brian Armstrong, le CEO de Coinbase, a sauté sur l'occasion pour pousser à une transition rapide. Mow, lui, l'a envoyé bouler. Son argument est solide : les solutions PQ actuelles ne sont ni testées, ni vérifiées à l'échelle de Bitcoin. Les implémenter en urgence, c'est ouvrir une autre porte aux attaques — cette fois depuis des ordinateurs classiques, ceux qui existent déjà aujourd'hui.
Il y a aussi un problème de performance que personne ne peut ignorer. Les signatures post-quantiques seraient 10 à 125 fois plus lourdes que les signatures actuelles. Résultat direct : une explosion de la taille des blocs et un effondrement du débit de transactions. Mow évoque déjà un possible "Blocksize Wars 2.0", en référence à la guerre civile qui a déchiré Bitcoin entre 2015 et 2017. Solana, pourtant l'une des blockchains les plus rapides du marché, a elle-même estimé un ralentissement potentiel de 90 % si les solutions PQ actuelles étaient déployées.
Mow soulève également un angle que peu osent mentionner : le risque que la NSA américaine ait glissé des backdoors dans les standards PQ qu'elle pousse activement. Ce n'est pas une théorie du complot — c'est déjà arrivé avec le standard Dual_EC_DRBG en 2006.
Du côté des voix plus calmes, Adam Back, cypherpunk historique, estime que les ordinateurs quantiques capables de menacer Bitcoin sont encore loin d'être une réalité commerciale. Zach Pandl, directeur de la recherche chez Grayscale, partage cette lecture : aucune menace immédiate, mais il faut accélérer les préparatifs dès maintenant.
Côté portefeuilles, la situation est nuancée. La majorité des détenteurs actuels utilisent des adresses Segwit ou P2WPKH, relativement plus résistantes. Ce sont surtout les wallets de l'ère Satoshi et les adresses Taproot qui restent vulnérables — et personne ne sait combien de BTC dorment encore dans ces adresses.
Charles Edwards, de Capriole Investment, joue quant à lui la carte du FUD maximaliste en affirmant que Bitcoin ne reverra jamais son ATH sans migration PQ. C'est peut-être exagéré, mais ça illustre le niveau d'anxiété qui monte dans certains cercles.
Ce que ça change : Bitcoin n'a jamais bien géré les changements de protocole sous pression. Une transition post-quantique bâclée, imposée par la peur plutôt que par la rigueur technique, pourrait créer une faille bien plus dangereuse que celle qu'elle cherche à combler. Le vrai risque, c'est de paniquer.