CIA et Bitcoin : la théorie du prof de Pékin que la crypto rejette
Un extrait du Jack Neel Podcast tourne en boucle sur les réseaux. Le professeur Jiang, commentateur basé à Pékin et créateur de la chaîne YouTube Predictive History forte de 2,3 millions d'abonnés, y avance une thèse explosive : la CIA serait le créateur le plus probable de Bitcoin. Son outil d'analyse ? La théorie des jeux.
L'argument, présenté avec assurance, a généré des millions de vues. Mais dans la communauté crypto, l'accueil a été glacial.
Les critiques ont fusé immédiatement. Développeurs, chercheurs et vétérans de l'espace crypto pointent plusieurs problèmes majeurs dans le raisonnement du professeur Jiang. D'abord, la théorie des jeux ne permet pas d'identifier un créateur — elle modélise des comportements stratégiques dans des systèmes d'interaction. L'appliquer pour désigner un auteur unique relève d'un glissement logique que beaucoup qualifient de grossier.
Ensuite, les preuves techniques et cryptographiques derrière Bitcoin pointent vers un individu ou un petit groupe maîtrisant des compétences très spécifiques, pas vers une agence de renseignement aux intérêts institutionnels bien documentés. La CIA a historiquement cherché à contrôler et surveiller les flux financiers, pas à créer un système conçu précisément pour échapper à ce contrôle.
L'identité de Satoshi Nakamoto reste l'un des mystères les plus robustes du secteur. Des noms ont circulé pendant des années — Nick Szabo, Hal Finney, Craig Wright, qui lui prétend l'être sans jamais l'avoir prouvé. Aucune piste n'a abouti. Ce vide a créé un terreau fertile pour les théories conspirationnistes, et le professeur Jiang n'est pas le premier à s'y engouffrer.
Ce qui change dans cette affaire, c'est l'ampleur de la diffusion. Avec 2,3 millions d'abonnés et un format vidéo engageant, ce type de contenu atteint des audiences largement au-delà de la communauté crypto. Des gens qui découvrent Bitcoin via cette vidéo repartent avec une théorie non étayée gravée dans l'esprit.
La réponse de la communauté a été rapide mais elle reste limitée aux cercles déjà convaincus. Les corrections techniques, aussi rigoureuses soient-elles, peinent à rivaliser avec une narration simple et spectaculaire sur YouTube.
Le débat sur les origines de Bitcoin n'est pas nouveau. Il ressurgit régulièrement, alimenté par le silence persistant de Satoshi et par les enjeux colossaux que représente aujourd'hui le protocole. Chaque nouvelle vague ramène son lot de spéculations.
Ce que ça change : la désinformation sur Bitcoin ne vient plus seulement des détracteurs classiques — elle se propage désormais via des créateurs de contenu académiques à l'audience massive, ce qui la rend bien plus difficile à contrer et dangereuse pour l'adoption grand public.