Ethereum Foundation : un ancien chercheur veut la remplacer avec 1 milliard de dollars
Dankrad Feist ne mâche plus ses mots. L'ancien chercheur phare de l'Ethereum Foundation a publié jeudi un thread incendiaire proposant purement et simplement de remplacer l'organisation — et de la financer avec au minimum 1 milliard de dollars en ETH. Le timing n'est pas innocent : deux membres de la direction viennent de démissionner cette semaine, et la pression autour de Vitalik Buterin monte d'un cran à chaque départ.
Feist part d'un constat brutal : "L'EF détient aujourd'hui moins de 0,1 % de tout l'ETH en circulation. Aucun revenu de staking ou de frais de réseau ne lui revient." C'est le cœur du problème selon lui — une fondation économiquement déconnectée du protocole qu'elle est censée faire grandir. Sa proposition : construire une nouvelle entité alignée économiquement sur Ethereum, financée par les revenus du staking, avec un conseil d'administration de gens "qui veulent que le prix de l'ETH monte" et "un leader compétent qui veut se battre." La formulation est volontairement provocatrice, et clairement dirigée contre la posture actuelle de l'EF. Ce n'est pas anodin venant de quelqu'un qui a contribué à des recherches aussi fondamentales que le danksharding — cette amélioration de scalabilité qui porte d'ailleurs son prénom.
L'Ethereum Foundation traverse une crise de légitimité qui couve depuis des mois. En mars, la publication d'un nouveau "manifeste" censé clarifier la vision de l'organisation a produit l'effet inverse : le document insistait longuement sur le fait que l'EF n'est "pas une agence marketing", "pas un casino", et que son but n'est pas de faire monter le cours de l'ETH. Sur le fond, c'est défendable. Dans le contexte actuel — avec un ETH en baisse de près de 57 % depuis ses sommets et toujours sous les 2 200 dollars —, ça passe comme une déclaration de désintérêt total pour les holders. Buterin lui-même avait reconnu fin 2024 que des "grands changements" étaient nécessaires, mais les actes tardent. L'ironie supplémentaire : Feist lui-même a quitté la Fondation l'an dernier pour rejoindre Tempo, une blockchain privée développée par le géant des paiements Stripe — une reconversion que certains dans la communauté ont comparée à Greta Thunberg signant un contrat avec BP.
Pour les investisseurs qui suivent les marchés crypto, cette séquence a des implications concrètes. ETH a longtemps bénéficié d'une prime de crédibilité liée à la réputation de sa recherche et à la cohérence de sa feuille de route. Si les départs se multiplient et que les figures influentes commencent à appeler publiquement à une refonte institutionnelle, cette prime s'érode. Ça ne veut pas dire qu'Ethereum est mort — le réseau tourne, les développeurs construisent — mais ça fragilise la narrative qui justifie une valorisation premium face à des concurrents comme Solana ou Base. Les institutionnels qui ont misé sur ETH en 2024-2025 regardent ça de près.
La vraie question maintenant : est-ce que d'autres voix crédibles de l'écosystème vont se rallier publiquement à Feist, ou est-ce que ça restera un coup de gueule isolé ? Les prochaines semaines autour de la gouvernance de l'EF seront déterminantes.