Goldman Sachs lâche enfin sur le Bitcoin… à sa façon
Goldman Sachs a déposé mardi un dossier auprès de la SEC pour son premier ETF lié au Bitcoin. La grande banque américaine, historiquement hostile à la crypto, franchit le pas. Avec des conditions.
Le fonds s'appelle Goldman Sachs Bitcoin Premium Income ETF. Il n'achètera pas de BTC directement. À la place, il s'exposera via des ETP spot existants — l'IBIT de BlackRock et le FBTC de Fidelity — et vendra des options d'achat (covered calls) sur ces mêmes produits pour générer des revenus. Goldman promet une protection de 40 % à 100 % contre la volatilité du Bitcoin.
Le contexte donne du poids à ce dossier. Depuis leur approbation en janvier 2024, les ETF Bitcoin spot aux États-Unis ont engrangé 57 milliards de dollars de flux nets cumulés, pour un total de 97 milliards de dollars de BTC sous gestion. Le marché a beau corriger — le BTC consolide autour des 75 000 dollars après un pic à 126 000 dollars —, les institutionnels continuent d'avancer.
Goldman n'est pas exempt de contradictions. Au quatrième trimestre 2025, la banque avait réduit ses positions dans des ETF spot Bitcoin et Ethereum de 40 %. Quelques mois plus tard, elle dépose un dossier pour son propre produit. Ce revirement s'explique simplement : ses clients veulent du Bitcoin. Pas Goldman.
Eric Balchunas, analyste ETF senior chez Bloomberg, résume la situation sans détour. Il qualifie Goldman de "Boomer Candy" : la banque ne croit pas au BTC, mais ses clients, si. La demande persiste même en période de baisse, et Goldman préfère capter cette demande plutôt que de la laisser filer chez BlackRock ou Fidelity.
La structure choisie trahit cette ambivalence. Goldman a enregistré son fonds sous l'Investment Company Act de 1940, ce qui l'oblige à passer par une filiale aux îles Caïmans pour contourner les restrictions sur la détention directe de commodités. BlackRock, avec son IBIT enregistré sous le Securities Act de 1933, n'a pas cette contrainte. Goldman fait de la finance institutionnelle classique autour du Bitcoin, sans vraiment toucher au Bitcoin.
Sur les marchés, ce dépôt de dossier envoie un signal structurel fort : même en recul, même dans l'incertitude, les grandes banques bougent. Pas par conviction, mais parce qu'elles n'ont plus le choix.
Ce que ça change : Goldman entre dans le jeu Bitcoin non pas parce qu'elle y croit, mais parce que ses clients y croient. C'est exactement ça, l'adoption institutionnelle réelle — pas un consensus idéologique, mais une réponse à la demande. Et ça, aucune banque ne peut se permettre de l'ignorer indéfiniment.