L'IA affame le monde en mémoire : le Raspberry Pi double de prix
Raspberry Pi vient de sortir un Pi 4 avec 3 Go de RAM à 83,75 $. Pas un poisson d'avril. Un aveu de crise.
La fondation britannique utilise deux puces LPDDR4 de 1,5 Go chacune, une bidouille d'ingénierie rendue possible par un PCB à double emplacement lancé le mois dernier. Objectif : esquiver le prix des puces 2 Go devenu délirant. Le fondateur Eben Upton ne tourne pas autour du pot : le prix de la mémoire LPDDR4 utilisée dans les Pi 4 et Pi 5 a été multiplié par 7 en un an. Troisième vague de hausses depuis décembre 2025.
Les dégâts sont visibles sur toute la gamme. Le Pi 4 4 Go prend +25 $, les versions 8 Go encaissent +50 $, le Pi 5 16 Go s'envole de +100 $ pour atteindre 299,99 $. Le Pi 500+, le clavier-PC, prend +150 $ dans la figure. En Europe, c'est pire avec les taxes. Chez Kubii, revendeur agréé français, le Pi 4 4 Go passe de 65 € à 120 €. Le Pi 5 16 Go grimpe de 212 € à 353 €. Seuls les modèles 1 Go et 2 Go sont épargnés, leurs densités mémoire n'intéressant pas les géants de l'IA.
Parce que c'est bien l'IA le coupable. Pas une pénurie classique, pas un problème logistique. Un basculement structurel du marché mondial de la DRAM. Samsung, SK Hynix et Micron contrôlent plus de 90 % de la production. Ces trois-là réorientent massivement leurs lignes vers la HBM (High Bandwidth Memory) qui alimente les GPU Nvidia et vers la LPDDR5X déployée dans les serveurs d'IA. Chaque wafer de silicium converti en stack HBM pour un H100 ou un B200, c'est un wafer en moins pour les smartphones, les PC et les cartes de développement.
Les chiffres d'IDC sont sans appel. La croissance de l'offre DRAM en 2026 sera limitée à 16 % en glissement annuel. La demande tirée par l'IA progresse de 35 %. Le déficit est béant et ce n'est pas un cycle. IDC parle de "réallocation permanente et stratégique des capacités mondiales de silicium". WCCFTech estime que la pénurie pourrait durer jusqu'au quatrième trimestre 2027, avec un pic des prix attendu mi-2026. Pour donner un ordre de grandeur, un seul rack de serveurs Nvidia GB300 embarque 37 To de mémoire. De quoi équiper des centaines de milliers de Raspberry Pi.
Le marché crypto devrait prêter attention. Les miners, les opérateurs de nœuds, tous ceux qui dépendent de hardware abordable pour faire tourner des validateurs ou des full nodes vont payer la facture. Un nœud Ethereum sur Raspberry Pi, c'était une fierté de la décentralisation. À 120 € la carte 4 Go sans compter le stockage, l'alimentation et le boîtier, le calcul change. Les infrastructures décentralisées low-cost prennent un coup direct.
Ce que ça change : L'IA ne se contente pas de pomper l'énergie et les GPU. Elle aspire maintenant la mémoire mondiale, et ce sont les petits — makers, hobbyistes, opérateurs de nœuds crypto — qui trinquent. Faire tourner un nœud pour 50 balles, c'est terminé. La décentralisation du hardware a un nouveau prix, et il est fixé par Nvidia.