Polymarket parie sur des soldats disparus : le scandale de trop
C'est le scandale qui fait exploser la controverse autour des marchés de prédiction. Polymarket a dû archiver en urgence un marché spéculatif portant sur la survie d'un soldat américain dont l'avion a été abattu au-dessus de l'Iran. Des traders pariaient littéralement sur ses chances d'être sauvé. La plateforme a reconnu que ce marché n'avait pas respecté ses « standards d'intégrité » et enquête sur la façon dont il a pu passer à travers ses filtres internes.
Le représentant Seth Moulton (D-MA) n'a pas mâché ses mots : « Il y a une opération de recherche en cours pour un militaire américain disparu. Leur sécurité est inconnue. Ils pourraient être votre voisin, un ami, un membre de votre famille. Et des gens parient sur leur sauvetage. » Il a également pointé du doigt Donald Trump, actionnaire de Polymarket, qui pourrait selon lui avoir accès à des renseignements classifiés avant le grand public.
Ce n'est pas un cas isolé. Ce scandale s'inscrit dans une série noire pour les marchés de prédiction. Des traders avaient déjà massivement profité d'informations sur les frappes américaines et israéliennes en Iran et sur la mort de l'ayatollah Khamenei. Un seul compte Polymarket a engrangé plus de 460 000 dollars de profits sur des contrats liés aux frappes iraniennes.
La société d'analyse on-chain Bubblemaps a creusé les données. Résultat : 12 wallets identifiés comme insiders ont cumulé plus de 1,2 million de dollars de gains. La plupart ont été alimentés dans les 24 heures précédant les événements et ont acheté le contrat « US strikes Iran before February 28, 2026 » quelques heures seulement avant que ça ne se produise. Du délit d'initié à la sauce blockchain, en clair.
Le sénateur Chris Murphy (D-CT) a répondu cash : « C'est insensé que ce soit légal. Des proches de Trump profitent de la guerre et de la mort. Je dépose une loi dès que possible pour interdire ça. »
Kalshi, autre plateforme de prédiction, est également dans la tourmente. Elle fait face à un recours collectif après avoir refusé de payer 54 millions de dollars à des traders qui avaient parié sur la chute de Khamenei.
Derrière le scandale éthique se dessine un bras de fer réglementaire plus large. La CFTC et les États américains se disputent la supervision de ces plateformes, désormais valorisées en milliards de dollars. Cette guerre de juridictions pourrait freiner toute la croissance du secteur aux États-Unis, avant même que le Congrès ne légifère.
Ce que ça change : Polymarket et ses concurrents ont joué avec le feu trop longtemps. Quand les marchés de prédiction permettent de s'enrichir sur la mort de soldats ou sur des frappes militaires grâce à des infos privilégiées, la question n'est plus éthique — elle est criminelle. La régulation arrive, et cette fois elle ne sera pas douce.