Tether gagne 5 milliards en un mois pendant que ses rivaux s'effondrent
Tether n'est pas en train de croître — il est en train d'absorber. En l'espace d'un mois, l'offre d'USDT a bondi de plus de 5 milliards de dollars pour atteindre 189,7 milliards de dollars. Dans le même temps, l'USDC, le PYUSD de PayPal et l'USDe d'Ethena ont perdu ensemble 4,2 milliards de dollars. La croissance nette du marché des stablecoins sur la période ? À peine 0,3 %. Ce ne sont pas de nouveaux capitaux qui entrent dans l'écosystème — ce sont des fonds qui migrent massivement vers Tether.
Ce mouvement s'inscrit dans un contexte précis. Depuis plusieurs mois, le marché tourne à l'aversion au risque : les investisseurs institutionnels réduisent leur exposition aux actifs expérimentaux et cherchent la liquidité maximale. L'USDT reste le stablecoin le plus utilisé dans le trading crypto mondial, les règlements entre plateformes et les échanges internationaux — notamment en Asie et en Amérique latine, où il joue un rôle de quasi-monnaie parallèle. Sa profondeur de marché est tout simplement sans équivalent. L'autre facteur, c'est le contexte réglementaire américain : le GENIUS Act et les discussions autour de la supervision des stablecoins créent une pression sur les projets jugés moins transparents ou structurellement plus fragiles. Paradoxalement, c'est Tether — pourtant régulièrement critiqué sur la transparence de ses réserves — qui en sort renforcé, simplement parce qu'il est là depuis longtemps et que sa liquidité est imbattable.
La chute de l'USDe d'Ethena illustre parfaitement ce retour aux fondamentaux. Le stablecoin synthétique a perdu 34 % de sa capitalisation depuis octobre 2025. C'est structurel, pas conjoncturel : les modèles hybrides ou algorithmiques tiennent bien quand les marchés sont euphoriques, beaucoup moins quand la nervosité s'installe. Pour les utilisateurs français actifs sur la DeFi, c'est concret : l'USDe et le PYUSD servent de collatéral dans de nombreux protocoles de prêt et de stratégies de rendement. Une contraction prolongée de leur capitalisation va mécaniquement peser sur les taux d'emprunt et assécher une partie de la liquidité disponible. Les rendements en stablecoins que beaucoup cherchent à optimiser risquent de se comprimer encore davantage.
Cette concentration pose aussi une question géopolitique que l'Europe commence à prendre au sérieux. Aujourd'hui, USDT et USDC représentent ensemble environ 93 % du marché mondial des stablecoins, et 98 % des stablecoins globaux restent adossés au dollar. Face à ça, le projet Qivalis, soutenu par 37 banques européennes, tente de construire une alternative crédible — mais on en est encore au stade du projet. En attendant, chaque flux qui part vers Tether renforce un peu plus l'hégémonie monétaire américaine sur les rails de la crypto, et ça, Bruxelles l'a clairement sur le radar.
À surveiller dans les prochaines semaines : l'évolution du vote sur le GENIUS Act au Sénat américain, et ce que Circle va sortir pour défendre sa part de marché. Si l'USDC continue de perdre du terrain malgré son ancrage réglementaire affiché, ça voudra dire que la taille prime désormais sur la conformité — et ce serait un signal fort pour tout le secteur.