Tornado Cash : Roman Storm face à un retrial en 2026, la justice ne lâche rien
Roman Storm ne s'en sortira pas comme ça. Le cofondateur de Tornado Cash, déjà condamné en août 2025 pour conspiration en vue d'exploiter une entreprise de transmission de fonds sans licence, se dirige vers un second procès prévu en octobre 2026. Cette semaine, les procureurs fédéraux ont envoyé une lettre directe à la juge Katherine Polk Failla pour couper court à la dernière manœuvre de la défense.
Le coup tactique de l'équipe juridique de Storm consistait à invoquer un arrêt récent de la Cour suprême impliquant le fournisseur d'accès Internet Cox. Dans cette affaire de droits d'auteur, Cox avait été dédouané de la responsabilité des actes illicites de ses utilisateurs. La défense voulait appliquer ce précédent à son client : développeur d'infrastructure, pas complice.
Les procureurs ont balayé l'argument sans ménagement. La comparaison entre Cox et Tornado Cash ne tient pas. Cox avait mis en place des mesures concrètes pour évincer les utilisateurs fautifs. Tornado Cash, selon l'accusation, n'a rien fait de tel. Pire : les fondateurs auraient délibérément écarté des solutions techniques existantes pour limiter les activités criminelles sur la plateforme.
L'accusation sort aussi un chiffre qui fait mal à la thèse de l'outil autonome : plus de 250 modifications ont été apportées au protocole par les développeurs eux-mêmes durant la période visée. Difficile de plaider le logiciel livré à lui-même quand on bidouille le code 250 fois. Les procureurs ajoutent que lorsque des victimes de vols se manifestaient, Storm et ses associés leur répondaient qu'ils n'avaient aucun contrôle sur le système. L'accusation qualifie ces réponses de désinformation volontaire.
Derrière la technicité juridique, l'enjeu est immense pour tout l'écosystème crypto. La question posée est simple et brutale : écrire du code qui facilite le blanchiment d'argent, même sans toucher directement aux fonds, est-ce un crime ? Le ministère de la Justice américain répond oui, sans ambiguïté, dès lors que l'aide est consciente et délibérée.
Du côté du soutien, Vitalik Buterin et d'autres figures de l'industrie ont pris publiquement la défense de Storm, distinguant son travail d'une application commerciale classique. Ça ne pèse pas lourd face à un DOJ qui n'a aucune intention de reculer.
Les procureurs ont officiellement demandé une seconde audience pour trancher les points restés en suspens avant le retrial. L'affaire continue de tenir tout le secteur DeFi en haleine, car chaque développeur de protocole sait que le verdict final posera un précédent difficile à ignorer.
Ce que ça change : Si la justice américaine confirme sa ligne en 2026, coder un protocole de confidentialité sans mettre en place des garde-fous actifs contre le blanchiment devient explicitement risqué pénalement. Les développeurs DeFi qui font l'autruche face aux usages criminels de leurs outils n'auront plus l'excuse du code neutre.