Wallets auto-hébergés : la France veut tout savoir de vos cryptos
L'Assemblée nationale a voté. Si le Sénat suit, vous devrez déclarer votre wallet Ledger, votre Zengo ou tout autre portefeuille auto-hébergé à l'administration fiscale dès que vos avoirs dépassent 5 000 euros. C'est dans le projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, adopté en première lecture cette semaine.
Concrètement, chaque année, les détenteurs de portefeuilles non custodial devront notifier la DGFiP de la valeur vénale de leurs actifs. Pas de plateforme centralisée impliquée ? Peu importe. L'État veut savoir.
Le texte doit encore passer par le Sénat. Mais ne vous faites pas d'illusions : la surveillance des cryptos est l'un des rares sujets qui réunit tous les partis politiques français. La navette parlementaire pourrait modifier certains points, mais cette mesure-là a toutes les chances de passer.
Rappel du contexte : les investisseurs déclarent déjà leurs comptes sur les exchanges étrangers et leurs plus-values. Les plateformes centralisées transmettent automatiquement données KYC et soldes à la DGFiP depuis DAC8. Il ne restait que les wallets perso comme dernier espace de discrétion. C'est terminé.
Mais voilà le problème que personne à l'Assemblée ne semble vouloir regarder en face. Depuis le début 2026, une extorsion liée aux cryptos a lieu tous les 6 jours en France. Des bandes criminelles organisées ciblent des détenteurs fortunés. Et ces bandes utilisent des données fiscales volées pour identifier leurs victimes. Ce n'est pas une hypothèse, c'est un fait documenté.
Concentrer dans une base de données gouvernementale la liste de tous les Français qui détiennent plus de 5 000 euros en self-custody, c'est créer une cible de choix pour les hackers et les réseaux mafieux. L'État français n'a pas démontré une capacité exemplaire à protéger ce type d'informations sensibles.
À noter également : le mois dernier, la Cour des comptes néerlandaise concluait que la surveillance généralisée des cryptos s'avérait inutile et coûteuse. La fraude visée ne diminue pas, les coûts administratifs explosent. La France fonce dans la même direction sans regarder les résultats chez les voisins.
Les forces de l'ordre peinent à endiguer la vague d'extorsions. Les victimes sont de plus en plus exposées. Et la réponse du législateur, c'est d'ajouter encore plus de leurs données dans des fichiers centralisés potentiellement compromis.
Ce que ça change : Déclarer son wallet au fisc ne résoudra aucune fraude sérieuse — ceux qui veulent cacher leurs cryptos trouveront d'autres moyens. En revanche, ça dresse un annuaire des cibles pour les criminels, financé par vos impôts. Une mauvaise idée, votée avec enthousiasme.